X, 2014, 2



Une nouvelle source généalogique et prosopographique: l’obituaire du Monastère de Probota | p. 287–312


Keywords
boyards, généalogie, l’horloger Jean Pattrou, obituaire, Probota, prosopographie

Abstract

On découvrit, en 2008, à l’Archevêché de Suceava, un obituaire écrit en 1781 sur trois panneaux en bois (un triptyque), provenant du Monastère de Probota, dont le fondateur au XIVe siècle fut le prince Étienne Ier (1394–1399); au XVIe siècle, le prince Pierre Rareş fit bâtir (1530) l’église actuelle, récemment restaurée. L’auteur ou les auteurs de ce document ont utilisé, sans doute, d’autres obituaires, de date plus ancienne, ce qui explique l’arrangement des noms, qui se succèdent d’une manière aléatoire, sans respecter la chronologie; le seul critère observé semble être, dans certains cas, celui généalogique. Dans ce grand amalgame, il y a seulement quatre groupements distincts: les chapitres réservés aux princes, aux moines et aux moniales (tous les trois excessivement courts) et celui réservé aux grands boyards (inscrits parfois avec leurs patronymes), qui occupe la plus grande partie du texte. Ce dernier chapitre intègre aussi, d’une manière inaccoutumée, les noms des croyants non nobles, inscrits sans aucun autre détail, ce qui rend impossible leur identification (sauf un bourgeois, l’horloger Pierre, en réalité un Français, Jean Pattrou, établi à Iaşi et marié à une noble moldave !) Parmi les boyards, indiqués par le titre pan (sieur), l’auteur identifie plusieurs personnages des XVe–XVIIIe siècles, inscrits dans l’obituaire seuls ou avec les membres de leurs familles.

Un autre obituaire du même monastère, datant de 1823, fut signalé en 1885 par l’évêque Melchisedec, qui a publié seulement les chapitres concernant les princes. L’analyse des informations de cet obituaire (qui, depuis, semble être perdu) met en évidence des analogies qui témoignent de l’existence d’une source commune, mais aussi des différences, dues aux scribes qui en ont assuré les transcriptions successives. La plus surprenante de ces informations place la consécration de la nouvelle église du monastère aux premiers mois du règne de Pierre Rareş: elle aurait eu lieu le 12 avril 1527, ce qui semble inacceptable. Mais ce jour-là, sept décennies auparavant, le père du prince Pierre, Étienne le Grand, avait accédé au trône de Moldavie. L’auteur croit, donc, possible que, pour rendre hommage à la mémoire de son père, Pierre Rareş ait pu faire publique ce même jour sa décision de construire la nouvelle église.