XI, 2015, 1



Au monastère de Poutna, pendant le règne d’Alexandre Lăpuşneanu. Informations inaperçues | p. 369–378


Keywords
Alexandre Lăpuşneanu, Ferenc Zay, Melchior Balassa, Poutna

Abstract

En 2010, l’auteur de cet article avait affirmé que pendant le règne d’Alexandre Lăpuşneanu (1552–1561, 1564–1568) le monastère aurait mené une existence paisible, sous la protection de ce prince et de son épouse Roxanda, tous deux petit-fils du fondateur, Étienne le Grand. Cette affirmation doit être nuancée, au moins en ce qui concerne le laps de temps qui sépare les deux segments de ce règne. Il y a deux informations contemporaines qui semblent être restées inaperçues, quoique publiées depuis beaucoup de temps. Le cardinal hongrois Franciscus Forgách de Ghymes (1535–1577) raconte dans ses mémoires (Rerum hungaricarum sui temporis commentarii), imprimées en 1788, que, quelque temps avant la mort de l’empereur Ferdinand (25 juillet 1564), les nobles hongrois Melchior (Menyhárt, Menyhért) baron Balassa de Gyarmath et François (Ferenc) baron Zay de Csömör préparaient une expédition militaire dans le but d’attaquer un monastère très riche de Moldavie (monasterium quondam in Moldavia, principum donariis aureis atque argenteis opulentissimum). Mais ils ont dû abandonner ce projet vu les difficultés de la route qu’ils auraient dû prendre.

Le projet de Balassa et de Zay peut être daté de la manière la plus précise grâce à une lettre envoyée de Bistriţa à Sibiu le 4 février 1564, dont l’expéditeur fait état d’un projet similaire: il parle d’une petite armée (3500 hommes) qui avait pour but de passer en Moldavie pour mettre à sac le monastère de Poutna (ut ad claustrum Putna proficescerentur ac idem despoliarent), tentative échouée elle-aussi.

Les deux sources concernent, sans aucun doute, les mêmes événements: les deux commandants militaires hongrois ont essayé de piller le plus important monastère moldave, renommé à l’époque pour les richesses qu’il avait accumulées suite aux donations princières dont il a bénéficié au cours du siècle passé depuis sa fondation. Le moment de l’attaque fut très bien choisi: en janvier 1564, Alexandre Lăpuşneanu n’avait pas récupéré son trône, tandis que son adversaire (Tomşa), quoique déchu par les Ottomans, contrôlait encore le pays. La tentative d’expédition en Moldavie s’est produite justement dans ce vide de pouvoir.